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Le verbe chipoter n’a pas le même sens en France et en Belgique. En France, on dit de quelqu’un qu’il « chipote » comme on pourrait dire qu’il pinaille ou qu’il ergote, qu’il cherche la petite bête pour causer quelques difficultés à quelqu’un d’autre. Ce qui peut d’ailleurs être une manière de prolonger le plaisir d’être ensemble. D’où l’expression : « Ce n’est pas pour chipoter, mais votre Do # est un peu bas… » Alors qu’en Belgique, « chipoter » est plutôt une variante de « tripoter ». Par exemple : « Si je chipote le Do# du basson dans une réverbe très étroite, est-ce qu’il paraîtra plus ha
« Du mot écrit au mot lu, du mot lu au mot énoncé, du mot énoncé au mot enregistré, et diffusé et écouté et entendu est accomplie une suite d’opérations : docimasie, altération, cémentation, précipitation. » Le producteur de radio Alain Trutat avait ainsi expliqué qu’il y a bien une écriture radiophonique qui n’est pas une stricte transposition sur un écran sonore de l’écriture littéraire ou poétique. À la suite de Pierre Schaeffer qui tenait la radio pour le « huitième art », Alain Trutat entendait consacrer la radiophonie comme l’un des beaux-arts jusqu’à réussir à imposer, à partir de 1969,
« Le tempo est une condition pour que la multitude des enseignements que le son nous donne puisse être réduite à une unité. » Voilà une phrase du chef d’orchestre Sergiu Celibidache qui avait déployé une pensée de la musique adossée à une notion de « réduction » directement inspirée de la phénoménologie de Husserl, mais qu’il avait redéfini de manière si personnelle que sa pensée pourrait paraître mystérieuse, voire dissuader d’en chercher la cohérence. Pour saisir les tenants de la pensée de Celibidache et la manière dont ils se tiennent ensemble, Metaclassique a interrogé celui qui a été son
On ne sait pas forcément si le mot « concerto » vient du latin Conserere qui peut vouloir dire « unir » ou de concertare qui serait plutôt une façon de se préparer à dire « lutter ». Ou alors : on ne veut pas savoir le sens exact du mot, parce qu’on préfère en découdre avec ce qu’on fait quand on joue un concerto. L’orchestre La Sourde s’est lancé dans la réalisation d’un Concerto dans lequel piano et orchestre viennent se contrer mutuellement. Pour comprendre pourquoi, vous entendrez au cours de ce documentaire, la violoncelliste Myrtille Hetzel, le compositeur et saxophoniste Antonin-Tri Hoa
D’après tel ou tel Guide des prénoms, on peut lire que les Florestan sont en général créatifs, sensibles, sociables, peut-être un peu menteurs, mais surtout fantaisistes. Voilà qui pourrait suffire à donner envie d’appeler son enfant Florestan. Mais quand des parents appellent leurs enfants Florestan, ils ont souvent en tête le Florestan de Schumann ou de Beethoven. Metaclassique a donc mené l’enquête auprès de trois Florestan : Florestan Labourdette, Florestan Segond-Genovesi et Florestan Labia ainsi que de leurs parents pour chercher à savoir si leur goût très prononcé pour la musique et leu
Si le violon est l’instrument le plus représenté dans les orchestres symphoniques, si nombre de virtuoses aujourd’hui font du violon un instrument incontournable, s’il n’existe pas de conservatoire où il n’est pas enseigné, le cornet à bouquin passe en comparaison pour une rareté, un instrument de niche menacé de disparition depuis déjà plusieurs siècles. Il y a 400 ans, le violon et le cornet à bouquin étaient pratiqués en relative égalité d’importance jusqu’à ce que l’un finisse par être beaucoup plus employé que l’autre. Avec la complicité de l’ensemble Artifices et des Traversées Baroques,
Schopenhauer écrivait dans ses Parerga : « La musique est la mélodie dont le texte est le monde. » Voici que le monde serait donc ultérieur à la musique. Dans Le monde comme volonté et comme représentation, le philosophe dit même que « le monde pourrait bien être appelé une incarnation de la musique, tout aussi bien qu’une incarnation de la volonté ». Alors, dans ce numéro « Vouloir » de Metaclassique, nous allons chercher quelle pensée de la volonté Schopenhauer a-t-il pu développer pour la tenir en équivalence avec la musique? A suivre la pensée du philosophe, en approuvant la musique, on se
Entre les comptines, les hymnes, les sonneries militaires, les chants de manifs ou les clameurs de supporters, il y a un point commun : on reprend facilement des airs déjà existants pour y mettre des paroles de circonstance selon les besoins du culte, d’une manif ou d’un match de foot. Le Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter a publié les actes du colloque Chanter sur l’air de…, une publication électronique accessible en ligne depuis un lien disponible sur metaclassique.com et dont nous réunissons à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, trois des musicologues
Lire entre les lignes, sauter des pages, souligner scrupuleusement certains passages, prendre des notes dans la marge, lire uniquement des romans de chevalerie : il existe bien des manières de ne pas être un lecteur idéal. Peut-être même que toutes ces manières de se faire mauvais lecteur devraient compter les façons très studieuses, apparemment modèles, de lire. C’est une des idées de l’essayiste Maxime Decout qui a signé un Éloge du mauvais lecteur aux éditions de Minuit et qui nous a donné envie de suivre sa voie pour mettre au clair ce que serait un mauvais auditeur. Puisqu’il existe telle
Parce que l’opéra est attaché à l’expression des passions, on y trouve une grande gamme pour exprimer le désir, mais aussi des passions tristes comme la jalousie, l’affliction, mais au cœur de ces passions tristes, les situations qui prêtent à pleurer pourrait affliger plus ou moins et mettre leurs victimes dans un état possiblement suffocant, peu propice donc à la douce expression d’un long lamento. Dans Une philosophie des sanglots parue aux éditions Rivage, la philosophe Estelle Ferrarese se rétracte face à quelque esthétique des pleurs en affirmant qu’il faut abandonner l’idée d’une utilit
Au moment de la fête de fin d’année, vient l’heure des restitutions des projets d’éducation artistique et culturelle. Tous les élèves sur la scène ont bien fait signer à leur parent le formulaire pour le droit à l’image. Et il est possible qu’au cours de tout le parcours, la question du consentement ne se soit alors posée qu’au moment de pouvoir être pris en photo ou filmé pour paraître notamment sur les supports de valorisation des actions auprès des partenaires. Si on les met au pluriel, les questions du consentement mériteraient sans doute mieux que d’en rester au niveau du formulaire que l
Sur le portail Medium, le musicien Jérémie Abt a publié une réflexion sur l’appropriation culturelle. En partant du principe que « S’approprier, c’est faire sien », il a toujours vu l’apprentissage d’une langue ou l’initiation à une musique d’une autre culture comme autant de gestes créatifs. Mais alors qu’un monde sans appropriation serait donc un monde où les cultures resteraient cloîtrées autour de leurs foyers d’origine, l’appropriation d’une culture qui n’est pas sienne peut se trouver beaucoup moins appropriée quand elle devient affaire d’extraction et d’expropriation. Avant d’aller à la
« Pas trop vite », « peut-être un peu plus droit dans la couleur du son », « mais légèrement moins insistant »… Les conseils prodigués au cours des masterclasses par des très grands musiciens à des professionnels en cours de confirmation peuvent ressembler à des infimes réglages plus stylistiques que techniques. Mais puisque la personnalité des interprètes ne peut pas s’épanouir sans une haute conscience de leurs moyens, les enseignements pour les jeunes talents se placent dans un équilibre entre maîtrise instrumentale et conduite des caractères, entre appréciations de goût et retours plus obj
En 1985, soit trois ans après la mort du poète Georges Perec, les éditions Hachette publiaient un recueil de courts essais sous le titre Penser/Classer où la question du rangement des livres est interrogée. Qu’il s’agisse de les classer par ordre alphabétique, par continents ou par pays ou encore par couleurs, date d’acquisition, date de parution, formats, genres, grandes périodes littéraires, langues ou encore par priorités de lecture, reliures, Perec écrivait : « Aucun de ces classements n’est satisfaisant à lui tout seul. Dans la pratique, toute bibliothèque s’ordonne à partir d’une combina
Quand ils se sont mariés en 1840, Clara et Robert Schumann ont scellé le vœu de faire un, de composer une oeuvre commune en faisant se correspondre des partitions qui pourraient porter une seule et même signature. Mais les choses ne se sont pas exactement passées comme Clara et Robert avaient pu en convenir. D’ailleurs, il n’est pas si sûr que les deux musiciens attendaient tout à fait la même chose de leur couple et de la musique. Et alors que Robert est atteint d’une paralysie générale quatre ans plus tard, la vie du couple est bouleversée et leurs idéaux s’en trouvent durcis. Pour évoquer l
Qu’on se la représente comme le canon d’une musique exigeante dont la confection repose sur des bases solides ou comme une pensée de la musique adossée à un savoir académique, ce qu’on appelle la « musique classique » se perçoit volontiers comme le contraire de la musique commerciale. Alors qu’en monnayant leurs prestations à des prix faramineux, en adaptant leurs prestations aux circonstances les plus payantes, certaines stars romantiques devenues grands noms de la « musique classique » ont bel et bien joué le jeu d’un vedettariat dont le rappelle vient effriter la frontière bien artificielle
Les Inuits chantent et dansent dans le cadre de rituels, pour invoquer les esprits pour que la chasse soit fructueuse, mais leurs chants et danses peuvent aussi intervenir dans des contextes festifs, pour le divertissement. Des explorateurs ont fait des transcriptions de leurs chants dès le 18è siècle, mais la description musicale d’un chant inuit ne peut être précise que si elle arrive à quelque précision sur son contexte. Une pratique peut renvoyer à une manière de chanter qui peut elle-même recouvrir des pratiques différentes : à moins que le chant ne vienne pour les Inuits eux-mêmes faire
Dans un traité de 1713, le compositeur Johann Mattheson donnait à chaque tonalité un caractère : le Do Majeur « a un caractère plutôt grossier et effronté, mais propre aux réjouissances », alors que le Do mineur « est une tonalité très charmante, mais aussi très triste ». Le Ré Majeur est par nature un peu vif et obstiné (…), adapté pour les choses drôles, belligérantes et encourageantes », le ré mineur « quelque chose d’humble et de calme ». Haendel a bien connu Mattheson et semble s’être largement inspiré de cette théorie des affects associés aux couleurs tonales et donne aux airs de ses opé
Dans le livre Penser comme un champion, Donald Trump – ou l’un de ses ghost writers – écrit : « Je me suis intéressé à Steve Reich, le compositeur a l’origine de la technique musicale appelée déphasage (phasing), comparable au mouvement des essuie-glaces – synchronisé un moment, et plus ensuite. Apparemment, il était coincé dans un embouteillage un jour de pluie lorsque son attention se fixa sur le rythme des essuie-glaces de sa voiture. I] appliqua ensuite ce qu’il avait observé à ses compositions musicales. Steve Reich a eu une influence significative sur la musique contemporaine, et je pens
«Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do» tient lieu de B.A.BA de la musique. Comme on apprend les 26 lettres de l’alphabet pour apprendre à lire, on parcourt les sept notes de la gamme «Do, ré, mi, fa, sol, la, si» comme la base du langage musical, au risque de croire que cette série de sept syllabes serait la base de toute musique. La gamme à sept tons pourrait d’ailleurs passer pour un marqueur de la musique occidentale. Et même si, en Occident, la gamme n’a pas toujours eu sept hauteurs de référence, il y a eu toute une période où on n’avait que Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La. Ce numéro « Solsifier » de
Il y a quatre-vingt dix ans, en 1936, Marius Casadesus enregistrait Les Caquets, un rondo du Chevalier de Saint-George. ll y a soixante dix ans, en 1957, l’ensemble instrumental Jean-Marie Leclair enregistrait une Symphonie concertante du Chevalier qui avait compté parmi les élèves de Jean-Marie Leclair. Il y a cinquante ans, en 1976, Jean-Jacques Kantorow enregistrait les Concertos pour violon de Saint-George. Il y a trente ans, en 1996, Emil Smidak faisait paraître un livre intitulé Joseph Bologne, appelé Chevalier de Saint-George qui inaugurait un travail de réhabilitation dans lequel il a
En remettant les noms, les mots clés, les notions, les idées dans l’ordre alphabétique, l’index donne l’impression de réinitialiser la lecture, en même temps qu’il brasse tout ça dans un sens aléatoire. C’est-à-dire que la remise en ordre alphabétique est aussi une mise en désordre qui peut s’entendre d’autant plus jubilatoire qu’elle est soigneuse. Et si, pour de vrai, on remettait en ordre alphabétique l’Avare de Molière, la Bible, La Recherche de Proust ou le Voyage d’hiver de Schubert. Tel est le programme de ce numéro « Indexer » de Metaclassique au cours duquel vous pourrez même entendre
Dans le volume collectif The Arab Avant-Garde, Michaël Khoury consacre un article à Halim El-Dabh un musicien et créateur né au Caire en 1921 qu’il présente comme le créateur de « la première pièce dans le style de la musique concrète » – une pièce composée en 1944, soit quatre ans avant les Cinq études de bruits de Pierre Schaeffer. En utilisant des techniques radiophoniques pour produire des objets musicaux dès 1944, l’œuvre d’Halim El-Dabh vient donc troubler la généalogie de la musique concrète. Ce correctif porte à préciser les contours de ce qu’on appelle la musique concrète pour cherche
« J’espère, que dis-je, je souhaite, non je suis sûr qu’on vous rendra hommage, en qu’ « hommage » ne soit sans pas le terme suffisant » – voilà une phrase qui a l’air de détricoter ce qu’elle a à peine avancer pour le reprendre en mieux, quitte à ne pas vraiment arriver à le dire. Qu’il aboutisse ou ne réussisse que plus ou moins, cette manière de reprendre en mieux, en tant que figure de style, porte le doux nom d’épanorthose. C’est une des choses que nous apprend Marianne Massin dans l’ouvrage collectif qu’elle co-dirige avec Gaëlle Périot-Bled intitulé Répéter, refaire, reprendre publié pa
The Pastness of the Present and the Presence of the Past, que l’on peut traduire par Le caractère passé du présent et la présence du passé est un texte écrit en 1988 par le musicologue américain Richard Taruskin qui jette un soupçon sur la musique dite « historiquement informé » : au lieu de restituer la musique du 18ème ou du 19ème siècle, les musiciens qui pratiquent sur instrument d’époque, mobilisent des traités anciens et des effectifs historiques, expriment plus encore le goût de leur modernité pour la clarté et une certaine objectivité sonore. Peut-être même que la musique dite « histor